Dimanche j'ai vu le nouveau Georges Marchais à la télé !
Spontané, sympathique, intelligent, habile et même parfois brillant, Olivier Besancenot est un excellent représentant d'un "trotskisme à visage humain", pour qui la révolution ce ne sont plus des "flaques de sang à chaque coin de rue" . Sa manière d'être, de s'exprimer, son aspect juvénile et la vigueur de son engagement, ringardisent de facto les hommes politiques classiques en général et ceux de la gauche en particulier.
Comme souvent à la télévision, la forme l'emporte sur le fond et son discours politique simple et direct passe "comme une lettre à la poste". Et il emporte l'approbation de beaucoup d'entre nous.
Comment en effet, ne pas être choqué par le sort infligé aux salariés des entreprises délocalisées ?
Comment ne pas être scandalisé par les traitements inhumains que subissent les sans-papiers dans notre pays ?
Comment ne pas vouloir une meilleure et une plus juste répartion des richesses en France et dans le monde ?
Mais attention, les discours généreux, les bons sentiments, la sincérité exacerbée ne sont pas une garantie contre la démagogie, les projets irréalistes et surtout pour l'inefficacité politique.
Car dans la mécanique politique et institutionnelle, Olivier Besancenot est en train de jouer le même rôle à gauche, que Le Pen a joué dans la mécanique politique de droite. Qui sait si Michel Drucker n'aura pas propulsé Olivier Besancenot vers les sommets, comme jadis de François-Henri de Virieu avait propulsé le leader de l'extrême droite ? Comme tous les authentiques " revolutionnaires ", Olivier Besancenot est tiraillé entre deux positions : mettre les mains dans le cambouis et se compromettre au pouvoir pour faire passer des mesures de compromis forcément, éloignées des postures révolutionnaires qu'il défend; ou bien demeurer dans une opposition incantatoire, frontale et donneuse de leçons et ainsi se transformer en assurance- vie de la droite et du patronat. Bien entendu au nom de la défense intransigeante de l'interêt des travailleurs, des salariés et des plus modestes.
La nouvelle offre politique radicale qu'Olivier Besancenot essaye de construire avec tous les gens bien ancrés à gauche, un parti nouveau dans lequel la politique et le syndicalisme seront les fers de lance pour rétablir la justice sociale dans ce pays et réinventer une autre distribution des richesses, est séduisante. Voilà exactement ce qui peut empêcher la gauche d'accéder au pouvoir dans le système politique de la 5ème république : pour capter l'électorat de l'extrême gauche lors du second tour de l'élection présidentielle, le candidat socialiste sera tenté par une surenchère à gauche, qui pourrait détourner l'électorat du centre, décisif, vers le candidat de la droite.
En fait, Olivier Besancenot semble vouloir se cantonner à une fonction tribunicienne, longtemps occupée par le Parti communiste depuis sa création en 1920. Ses qualités médiatiques et télégéniques en font un digne successeur de Georges Marchais. En plus crédible, puisque lui appartient réellement au monde du travail. Il n'est pas un professionnel comme le sont la majorité des acteurs politiques. Il est facteur à la Poste. On peut d'ailleurs se demander pourquoi, alors qu'à l'évidence, le leader de la LCR a toutes les capacités pour obtenir un emploi à responsabilité à la Poste... Cela relève sans doute d'une stratégie d'image qu'il cultive intelligemment, pour se démarquer de la gauche traditionnelle et de la classe politique. Bien vu.
Malheureusement pour Olivier Besancenot, la politique est l'art du possible. Le discours révolutionnaire, même ripoliné, est impuissant pour régler les problèmes du monde. Les luttes sociales servent à créer des rapports de force, mais c'est par des voies démocratiques que les solutions efficaces et durables se construisent pour améliorer le quotidien des travailleurs. Enfin qu'a t-il à proposer concrètement sur le logement, le réchauffement climatique ou la relance de la construction de l'Europe. Et tous les problèmes qui aujourd'hui ne peuvent se résoudre dans un seul petit pays comme la France ?
Sur pas mal de sujets, ce que j'ai entendu dimanche est un peu court.
Oui, Olivier Besancenot a remplacé Georges Marchais dans le rôle du vrai homme de gauche sans compromis et invité permanent des émissions de télévision. Attention toutefois au lendemain qui déchantent...

Vous dîtes très justement "la politique est l'art du possible". Pourquoi mettez-vous en doute le "possible de Besancenot?
Avant 1981, la France n'avait pas rendu "possible" la mise en place d'un leader de gauche à la présidence. Avec votre manière de penser ,Mitterrand n'aurait jamais du franchir le péron de l'Elysée par deux fois. Je vous donne raison en observant que depuis, la gauche est retombé dans ses erreurs passées ( absence de leader et de projet). Espérons que DSK reviendra pour sauver la gauche. Ce serait heureux pour la gauche et la France( c'est le plus crédible à gauche, son esprit libéral y est pour quelque chose).
Besancenot, j'étais à la fac d'histoire à Nanterre en même temps que lui. Il n'a pas changé ni en discours, ni dans sa manière d'être. Je pense que la gauche a besoin de cette critique "à gauche" pour s'obliger à ne pas oublier qu'il y a le peuple derrière l'espoir socialiste. La rose oui mais le muguet aussi.Le P.S compte parmi ses adhérant et ses militants, un nombre d'intelectuels "bobo" qui s'autorisent à ennoncer ce qui est bon pour le peuple sans connaître la réalité des modestes. Théories et bavardage ne remplaceront pas la présence sur le terrain. Besancenot est présent sur le terrain e étant postier. Faites-moi donc l'inventaire en me répertoriant le nombre d'élus issus des classes poulaires( selon la nommenclature C.S.P de l'INSEE). Je n'ai pas la réponse. Mais vous avez le pouvoir de vous renseigner. Il sera interessant de voir qui nous gouverne à Colombes?
Du temps de Mme Gouéta, le peuple était peu représente.
Dans l'attente, je vous remercie par avance pour votre réponse.
Cordialement
Rédigé par:Ahmed Beribeche | le 13 mai 2008 à 00:13
>Olivier Besancenot est en train de jouer le même rôle à gauche, que Le Pen a joué dans la mécanique politique de droite.
Pas totalement d'accord avec ça. Le débat politique actuel au PS ne semble pas vraiment être centré atour de la question de "comment aspirer" la LCR. La majorité des figures de premier plan du moment au PS appartient à la sphère social-démocrate (SR, BD, PM) ou social-libérale (MV), des gens qui en l'assumant plus (MV) ou moins (les autres) veulent faire négocier au parti un virage New Labour. Et la comparaison avec Le Pen a ses limites. La force du leader du FN, c'était de jouer sur une forme de transgression (verbale, de sujet) caractéristique des grands leaders populistes. Je ne vois pas ça chez Besancenot qui finalement est très très consensuel, très politiquement correct. Comme tribun, Sarkozy est un milliard de fois plus crédible.
Et je ne suis pas sûr que son électorat soit vraiment un électorat populaire. C'est sans doute d'ailleurs parce que les ouvriers ont basculé à Droite qu'il est obligé de fabriquer de nouvelles figures de "rebelles contre le Sarkozysme": le cheminot contre les régimes spéciaux, le fonctionnaire hostile aux suppressions de postes... Ces figures sont en fait les "victimes" de l'adaptation de la France à la Mondialisation. Besancenot a sans doute inventé -à l'instar de Bayrou que râle contre l'UMPS pour réunir DSK et Juppé dans un même gouvernement- un poujadisme pour bobos débarrassés de "signes extérieurs de populisme". J'ajoute donc une chose à vos propos: non seulement "serrer vers Besancenot" fera perdre au PS le Centre... mais la reconquête de l'électorat populaire ne passera pas par là.
Rédigé par:extrême_centre | le 14 mai 2008 à 12:14
Courir après Besancenot c'est pour moi courir après la facilité, après la démagogie, chercher une caution de gauche (le PS est toujours à gauche, Non, je crois que je n'ai rien raté depuis...).
Besancenot est un enfant un peu feignant qui préfère les combats "courageux" en diable tels que : combat contre la pauvreté, combat contre les inégalités, contre les vilains, contre la pluie le dimanche...
Il fait partie de ces gens qui peuvent défiler devant la maison blanche en hurlant "Bush Salaud" mais qui ne mettraient pas un pied à Tripoli pour faire de même avec Kadhafi...(trop chaud, pas de visas, mal aux pieds, grippe de dernière heure...).
Cet homme est l'incarnation du courage sans péril.
Dernière cela je ne vois que paresse et malhonnêteté intellectuelle.
Ce qui pourrait lui arriver de pire? Gouverner, Agir mais avec les moyens...Un lapidateur haranguant la foule, ni plus ni moins...
Ses partisants? Je crois également des gens comme lui, qui le trouve sympa, dans le move, caution "rouge" pour pseudo révolutionnaires ne connaissant pas les "leaders price" et autres "ED".
Je crois que si F.Mitterand était encore là il lui offrirait un mépris mérité et digne d'un homme d'une autre dimension...
Oui, le PS a vraiment autre chose à faire que de regarder cet Anti Européen, Anti Capitaliste, Anti Atlantiste, Anti Américain, Anti ce vous voudrez...
Je crois en effet que les ouvriers ont majoritairement voté pour Sarkozy parce lui peut et va agir (pas pour leur bien hélas) mais au moins c'est un adversaire, au moins il trace une ligne, au moins il s'engage...
Avec un adversaire comme lui, on a vraiment pas besoins d'allier comme notre "sympatique" facteur...
Rédigé par:Xavier J | le 18 mai 2008 à 22:27
Remaque : Marchais nous faisait rire au moins...
Rédigé par:Xavier J | le 18 mai 2008 à 22:29
Les luttes sociales servent à créer des rapports de force, mais c'est par des voies démocratiques que les solutions efficaces et durables se construisent .....
Belle manière d'opposer manifestation, grève et démocratie.Digne du courier des lecteurs du Figaro Magazine.Sachez que depuis Montesquieu, la démocratie s'entend comme étant construite autour d'un équilibre entre pouvoir et contre pouvoir.
Votre idéologie se dévoile de plus en plus, c'est fascinant.
Rédigé par:Manu | le 02 juin 2008 à 12:13
"Cette vieille nostalgie du mouvement syndical selon laquelle la grève générale pourrait entraîner la chute du capitalisme, je peux le confirmer, cela ne marche pas."
Georges Seguy ancien secrétaire général de la CGT Libération mai 2008
Je ne dis pas autre chose. Je n'oppose pas les luttes à la démocratie mais bon si ça vous fait plaisir de le penser...
J'ajoute que Georges Seguy est peut-être aussi un lecteur du Figaro...
C'est toujours bon de savoir ce que se dit la presse bourgeoise.
Rédigé par:alexis bachelay | le 04 juin 2008 à 09:43