Il y a un peu plus d'une semaine, lors de la réception d'accueil des nouveaux naturalisés, en présence des élus et du Maire, nous avons chanté une Marseillaise émouvante dans la salle des mariages de l'hôtel de ville. Ce fut un instant solennel, car chacun prenait conscience de son appartenance à une même communauté. Certaines personnes, nouvellement naturalisées, vivaient dans notre pays depuis déjà plus de 20 ans. Cette cérémonie marquait symboliquement l'entrée dans une citoyenneté française pleine et entière, sous le sceau des valeurs de la République. Loin, bien loin du climat suspicieux qui règne à l'encontre des gens qui viennent d'ailleurs dans notre pays. Une Marseillaise, reprise par tous, clôturait cette cérémonie. C'était avant la Polémique de la semaine passée.
Autre lieu, autre temps, la même Marseillaise, a été sifflée dans un stade à l'occasion d'un match de foot. Un match à domicile de l' équipe nationale. Disons le tout net, ces sifflets furent déplacés et suscitent un profond malaise. Mais ce n'est pas la première fois que cela arrive. Lors d'une finale de coupe de la ligue entre Lorient et Bastia, la Marseillaise avait également été sifflée par des supporters corses de l'équipe de Bastia. Claude Simonet, Président de la FFF avait alors présenté, en direct, ses excuses au Président de la République Jacques Chirac qui menaçait de quitter le stade.
Aussi déplorables qu'ils soient, les comportements d'une minorité de gens ne sauraient dicter l'attitude d'une majorité. Comment interpréter toutes les déclarations martiales et tous les dérapages verbaux qui ont suivi le match ? Une forme d'hystérie de déclarations politiques a succédé à des sifflets imbéciles. La convocation du Président de la FFF, largement mise en scène par l'Elysée ressemblait à s'y méprendre, au énième coups de menton de notre Président. Quand la politique se mêle de tout, tout le temps, elle fait surtout de la communication. En l'occurrence, Nicolas Sarkozy a encore frappé fort. Avec son Premier ministre Fillon, ils ont décrété « qu'il faudrait interrompre les matches quand les hymnes nationaux, quels qu'ils soient, sont sifflés. »
Et priver ainsi des millions de gens d'un match parce qu'une poignée d'irresponsables se singularisent en sifflant l'hymne national ?
Et provoquer une émeute aux abords du stade en renvoyant dans les rues des milliers de supporters ?
Ce n'est pas sérieux. Il s'agit à l'évidence d'une vision étriquée du problème et d'une volonté de gesticulation, sans lendemain. Dans certains cas, on frise même les bouffées de nationalisme xénophobe. Tel Député UMP déclare : "quand on a la chance d'avoir été accueilli dans un pays qui vous permet d'avoir le ventre rempli et d'y vivre libre, on le respecte. Tous ceux qui ont sifflé notre hymne national devraient en tirer les conséquences et faire leur valise pour réintégrer le pays de leurs origines et de leurs rêves !
Après les hymnes sifflés, le Président de la fédération française de foot aurait dû prendre la parole, ainsi que son homologue tunisien pour rappeler les valeurs fondamentales d'un match international et dénoncer vivement les fauteurs de trouble. Il fallait rappeler également le respect d'autrui fait partie des valeurs sportives. Il fallait interrompre le match oui. Mais pour faire une déclaration solennelle, pas l'annuler et donner raison à une minorité irrespectueuse des valeurs de la République. "Rassembler les hommes c'est toujours beaucoup plus fort que les sifflets" dit Noël Le Graet, vice-président de la FFF.
Rien n''excuse la bêtise de ces supporters. Mais la tentative de récupération politique du gouvernement, loin d'apaiser les esprits, me semble être une autre forme de bêtise. Michel Platini a fait une mise au point salutaire à ce sujet.
N'oublions jamais que la Marseillaise est un chant révolutionnaire. Pas une musique militaire cadençant je ne sais quel pas de l'oie. Croire que, par des mesures administratives, on peut faire aimer la République, c'est démagogique et improbable. Par contre se donner les moyens, par l"éducation, la culture pour tous, le dialogue inter culturelle et le sport de faire aimer les valeurs de la République Liberté, égalité, fraternité mille fois oui !
Mais là c'est un autre travail de fourmi, difficile, humble, discret. Bien loin des rodomontades élyséennes que nous subissons sur tous les sujets. Marchons, oui marchons, vers une République du respect, plus fraternelle et plus juste.
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