Manuel Valls, député PS et maire d’Evry (Essonne), appelle ses amis à la réconciliation. Proche de Ségolène Royal, il met aussi en garde ceux que tenteraient les analyses d’Olivier Besancenot : le PS, dit-il, ne doit pas miser sur la crise. Proche de Ségolène Royal, Manuel Valls est connu pour ses positions iconoclastes au sein du Parti socialiste. Le député et maire d’Evry soutient que la réconciliation entre l’ex-candidate à l’élection présidentielle et Martine Aubry est urgente et met en garde contre les risques d’une surenchère avec l’extrême gauche.
Martine Aubry et Ségolène Royal se tendent la main. La réconciliation est-elle possible au PS ?
Manuel Valls. Les divisions issues du congrès de Reims n’intéressent pas les Français. Leurs préoccupations, ce sont la crise financière, le chômage, le surendettement… Il y a une grave crise de confiance entre eux et Nicolas Sarkozy. Pour autant, ils ne se tournent pas vers nous parce que nous ne représentons pas l’alternative crédible qu’ils réclament. Donc, oui, le risque d’un effondrement de notre économie et de crise politique oblige le PS à un sursaut. Il doit se rassembler et parler d’une seule voix.
Pour vous, Ségolène Royal doit entrer dans la direction ?
Sa place est à part. Elle a été candidate à la présidentielle, elle est dans un rapport très direct avec les Français. En revanche, ses amis doivent être totalement partie prenante de la direction du parti afin d’y assurer des responsabilités importantes, impulser un projet, rénover en profondeur notre formation, organiser des primaires ouvertes pour désigner notre candidat pour 2012.
Attendez-vous aussi une ouverture aux élections européennes du 7 juin ?
La représentation de toutes les sensibilités du PS sur les listes est une règle. Il serait invraisemblable que Vincent Peillon ne soit pas tête de liste dans la région Nord. Ces élections doivent être l’occasion pour les socialistes d’exiger que l’Europe se mobilise pour inverser la tendance, soutenir massivement la consommation et l’investissement à travers un grand plan de relance coordonné sur la base de grands travaux, d’un grand emprunt et d’une réduction drastique des taux d’intérêt.
Face à la crise vous prônez l’unité des socialistes. Souhaitez-vous une union nationale ?
Attention à ne pas ajouter de la confusion. En revanche, que la majorité et l’opposition agissent dans un esprit de responsabilité, cela oui, j’y suis favorable. Majorité et opposition pourraient ainsi soutenir la création du fonds d’investissement social d’aide aux victimes de la crise que propose la CFDT. Bref, nous pourrions travailler ensemble à condition que le gouvernement soit capable de nous entendre et qu’il renonce au bouclier fiscal et aux heures supplémentaires qui détruisent de l’emploi.
Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, estime que la crise sociale entraînera une crise politique...
C’est le calcul d’Olivier Besancenot. L’extrême gauche se nourrit, elle, du malaise social. Nous aurions tort de miser là-dessus. Souvenons-nous des leçons de l’histoire : une crise économique et sociale d’une telle ampleur provoque plutôt le repli sur soi, la xénophobie, le populisme… Evidemment, nous sommes présents auprès des salariés en difficulté. Mais il faut aussi bâtir un projet crédible. Ne cherchons pas à séduire le NPA (NDLR : Nouveau Parti anticapitaliste), qui veut diviser la gauche, cela aboutirait à légitimer ses thèses et à nous amener dans une impasse.
Martine Aubry, craint que les événements qui secouent les Antilles ne se propagent en métropole : et vous ?
Aux Antilles, comme en métropole, il y a une gestion erratique de la crise par le pouvoir qui illustre les défaillances d’une gouvernance où des ministres agissent sans feuille de route et dans la crainte permanente d’être désavoués par Nicolas Sarkozy. A l’évidence, la crise en Guadeloupe ne préoccupe pas le président. Le sommet de l’Etat a vraiment besoin d’une boussole.
Le Parisien



Mr Valls, se trompe lourdement sur l'"extreme gauche".
« Il n'y a pas de barrière infranchissable entre ces trois composantes que sont la gauche de gouvernement, les mouvements sociaux qui luttent sur le terrain, et ce qu'on appelle en France l'extrême gauche » (Segolene Royal).
Rédigé par : Sylvain | 15 février 2009 à 19:55
Chacun peut avoir son opinion. Le débat existe. Je crois que Manuel Valls a raison sur un point : Besancenot croit que la crise économique et sociale peut-être salutaire, car elle suscitera un mouvement de révolte. Comme autrefois les communistes et les trotskystes croyaient en une révolution salutaire.
C'est une constante de l'extrême gauche. Elle justifie sa radicalité par la gravité de la crise.
Moi je pense au contraire que plus la crise est profonde, plus elle profite à la droite, voire à l'extrême droite.
Hitler n'est-il pas arrivé au pouvoir au plus fort de la crise économique en Allemagne ?
A cette époque-là, la gauche était coupée en deux entre les socialistes du SPD et les communistes du KPD. Plus près de nous, que s'est-il passé après mai 68 ? La droite a été plus forte que jamais !!
POur revenir à la situation actuelle, Besancenot profite bien entendu de la crise et de l'apathie du PS pour se faire entendre.
Quand la gauche de gouvernement tracera un chemin clair et innivant, elle sera entendue.
Car sur les propositions simplistes et passéistes, Besancenot sera toujours meilleur que nous !
Rédigé par : alexis bachelay | 16 février 2009 à 14:41
Quand je vous lis, je me dis que vous êtes loin... très loin... très très loin des préoccupations du peuple.
Si l'extrême-gauche prend de l'ampleur, c'est que le PS (que j'ai un peu de mal à classer vraiment A GAUCHE... disons que c'est un parti de centre-gauche) gouverne depuis 20 ans à droite. Sans ambitions et sans charisme, les ambitieux se sont métamorphosés en petits scribouillards gestionnaires de patrimoine.
Et dire que la crise a engendré la droite et l'extrême droite, c'est un on sens total. La crise de la guerre de 14 en Russie a amené une révolution prolétarienne. La République de Weimar a été très très prêt de se transformer en République Socialiste. Le Front populaire de 36 est l'enfant de la Crise de 29. Le Frente Popular espagnol aussi. La Crise de 1848 a amené une révolution socialiste européenne généralisée. Quant à mai 81, c'est aussi une conséquence importante (avec toutes les désillusions qui vont suivre) de la crise de la fin des 70'.
Et si j'ajoute à ça que suite au krach financier qu'ont connu les pays latinos-américains à partir du milieu des années 90, j'ai du mal à constater aujourd'hui quel virage droitier ces pays ont pu prendre...
Bref, l'histoire ne peut pas se galvauder comme ça, camarade. Et si le PS prend une raclée aux européennes, il ne pourra s'en prendre qu'à lui même. Accuser les autres, c'est faire preuve de beaucoup de puérilité.
Le spectacle navrant que le parti offre depuis quelques mois, personnellement, me fait carrément rire. Malheureusement, c'est une mauvaise tragicomédie.
Je ne suis pas besancenoïste, loin de là... mais aussi passéiste et simpliste soit-il, on ne peut pas le soupçonner de faire de la politique dans les salons feutrés de la République.
Se salir les mains au boulot, il sait (encore) ce que c'est... Sa prise avec la réalité est encore totale.
Rédigé par : Brice | 17 février 2009 à 00:06
Je crois que tout ce qui est excessif est éloigné des préoccupations du peuple. La majorité des gens veulent avoir un toit, un emploi et un avenir pour leurs enfants. Ils ne veulent pas faire la révolution permanente avec une poignée d'activistes qui prétendent les représenter.
Si le PS gouverne à droite, comme on le prétend à l'extrême gauche, que font Sarkozy et la droite en ce moment ? Il gouverne au centre peut-être ?
Ces caricatures sont ridicules et simplistes. Heureusement que le peuple sait faire la différence entre la droite et la gauche.
Il est un proverbe qui dit que la critique est facile et l'art est difficile..
Certains confondent programme de gouvernement et lettre au père Noël. Des fois, je préférerais écrire aussi une lettre au père Noël, c'est tellement plus simple. Dire que tout est possible tout le temps. Mais quand on est confronté à la réalité, par exemple la gestion communale, on touche du doigt les problèmes. Et en même temps on ne peut pas résoudre toutes les questions en même temps. On fait des choix. De 2001 à 2008, la droite a fait ses choix. Maintenant nous faisons les nôtres. Et il faudrait être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas voir a différence.
Enfin, il est inconstestable sur le plan historique que Hitler est arrivé au pouvoir en plein coeur de la crise de 29. Il est inconstable qu'après mai 68, une majorité gauliiste a été élue à l'assemblée nationale.
Rédigé par : alexis bachelay | 17 février 2009 à 18:00
Aaaahhhh les débats, j'adore !
Quand je dis "Le PS gouverne à droite", ca implique qu'aujourd'hui, la droite a des relents fascistes (expulsions de sans papiers, flics dans les écoles... des choses inimaginables il y a 10 ans).
Que ça soit le gouvernement Bérégovoy qui ait lancé la France sur la voie de l'économie financiarisée en 86, c'est un fait.
Que ça soit Delors qui ait stoppé l'indexation des salaires sur le cout de la vie, c'est un fait.
Que ça soit Mittérand, qui ait officialisé la doctrine du ni privatisation-ni nationalisation. On sait ce que cette doctrine est devenue sous Jospin.
Je ne parle pas de lettre au Père Noel, mais de renoncements idéologiques majeurs qui ont poussé le PS là ou il est. C'est vrai en France, mais ca l'est encore plus en Allemagne, où le PS local (le SPD) préfère gouverner avec la droite plustôt qu'avec une aile gauche remuante (Die Linke).
Je ne me fais aucune illusion, ça arrivera en France.
Renoncements aussi quant à ses symboles. Il faut que ça soit le candidat de droite qui fasse référence (de manière fumeuse, bien entendu) aux pères historiques du PS que Blum ou Jaurès.
Mais que s'est il passé...
Où êtes vous ?
C'est ça qui me fait marrer au PS. C'est triste d'une certaine manière, mais l'édifice idéologique est en pleine débâcle partout en Europe (non, je n'ai pas mentionné la superbe posture démocratique du parti à Versailles sur le vote du traité de Lisbonne)... C'est ce qui me fait dire que les ambitieux d'hier sont devenus les scribouillards gestionnaires de patrimoine d'aujourd'hui.
Sans relief, ni charisme...
Enfin, s'il est incontestable qu'Hitler est arrivé au pouvoir pendant la crise de 29, l'inverse aurait très bien pu se faire. Les spartakistes étaient ultra -puissants en Allemagne. Mai 68, rien à redire... Tu as raison.
Mais les contre-exemples d'une "gauche" arrivant aux manettes à la suite d'une crise sont aussi vrais, et je pense que ton argument "crise profonde profite à la droite" est irrecevable.
Voilà... Très content en tous les cas d'avoir ce débat de qualité avec toi, camarade !
Rédigé par : Brice | 17 février 2009 à 20:32